Fantômes de Bienveillance
un texte d’Olivier Marboeuf


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Sanctuaire

Une nuit sans lune s’est laissé tomber là. Si des arbres pouvaient la sentir, ils la sentiraient humide et fraîche ou chaude et poisseuse, une sève d’un noir si intense, c’est sûr, qu’on n’y verrait pas ses pieds. Mais aucun arbre et pas une plante survivante ne peut témoigner, le sauvage a été brûlé avec méthode et le peu d’air qu’il reste est vide d’insectes. Pas même une mouche pour survoler les lieux et dessiner un labyrinthe sur les mille facettes de son œil. Pas même un lombric pour regarder avec tous ses anneaux, un magnifique réseau de souterrains.

Il entre et ouvre très grand la bouche. Est-ce un bâillement ? Est-ce un sourire ? Il est nu. Sa peau est d’un jaune uniforme, il a de la fièvre. Sa tête et son estomac se confondent dans un cercle doré. Il est sans sommeil ou tout entier plongé dans un cauchemar phosphorescent, c’est selon. Malgré la nuit, il a faim. Il ne connaît pas la satiété. Il mange des boules de gomme dans des couloirs sombres. Avec insouciance, il gobe. Il dévore les récoltes acides d’un champ – quelqu’un pense : comme ces bonbons qui créaient des irruptions volcaniques dans nos bouches d’enfants. Il creuse dans les boyaux d’une mine. Une mine ou un champ. Or, cobalt, canne à sucre ou peut-être feuilles de coca ou peut-être autre chose encore, de ces pierres magiques, incrustées dans tous les récits du Nouveau Monde, qui ne demandent qu’à être ramassées. Et si elles avaient des bras, elles nous tendraient ces bras accueillants, et on leur couperait alors les mains avant de les embrasser et de les serrer contre notre poitrine. Or, cobalt, canne à sucre ou peut-être feuilles mâchées de coca ou peut-être d’autres choses pour lesquelles on massacre, on pille et on viole, pour lesquelles une humanité zombie creuse avec avidité et ouvre de grands yeux fous, inspire une dernière fois avant de s’évanouir dans la boue. Et ce que l’on prend alors pour des sables mouvants a le goût de la poudre de milliers d’os et d’excréments. Et ce que l’on prend pour un paysage est un amas de corps en décomposition. La matière des morts s’accumule et dresse les murs en torchis d’un labyrinthe. Un champ, une mine ou alors un sanctuaire.

Il entre et ouvre très grand la bouche. C’est toujours le même rituel pour débuter une histoire qui n’a pas de fin. Quand un lieu est totalement vidé de ses ressources, un champ, une mine, un sanctuaire, un autre lieu apparaît, un autre labyrinthe. Et l’unique souci dans tout cela, ce sont les fantômes, les fantômes de ces lieux. On ne sait pas ce qu’iels font là, s’iels protègent ce monde obscur et s’iels protègent cette matière première qu’iels ont extraite, à laquelle iels ont donné leur vie, leurs muscles et leurs os, leur sueur avant qu’iels ne deviennent des fantômes. On ne sait pas si ce sont des esclaves, des femmes de ménages, des paysans sans terre, des ouvrières, des travailleurs sans papier qui ont bâti des labyrinthes avec leur propre chair, jetée sur une structure en os humains. On ne connaîtra jamais le point de vue des fantômes dans cette histoire ; l’œil, la main et la bouche des indigènes de ce labyrinthe, des créoles de cette nuit dépeuplée, désespérément noire, inhabitable et sans parfum. On ne saura jamais ce qu’il y avait avant et si l’air y était respirable. Il pourrait y avoir une femme fantôme et elle s’appellerait Pinky. Fière et agile, provocatrice. Mais elle pourrait aussi s’appeler Solitude et son regard aurait deux couleurs car elle serait le fantôme de plusieurs femmes. Et Pinky-Solitude pourrait dire quelque chose dans une langue que l’on ne reconnaît pas, sans tout à fait l’ignorer. « Je vais te fermer ta grande gueule » serait la traduction la plus courante. Et alors elle sortirait d’un mur sans prévenir, comme une matière dégouline, comme une créature surgit d’un passage secret dans une cuisine bourgeoise et seul l’enfant gourmand la voit. Alors qu’il est en train d’ouvrir le réfrigérateur au milieu d’une autre nuit, climatisée et sous contrôle, baignée d’une lumière noire filtrée où clignotent les yeux de machines domestiques, l’enfant la voit. Elle ne devrait pas être là, cette créature fantôme. Elle est sale et elle pue. Elle revient d’un monde qui n’existe pas, avec une odeur et un visage couvert de merde. Et c’est un instant de terreur et de dérangement qui va traverser toute la famille. Un tremblement.

Les fantômes ne sont que les vies négatives de celui qui ouvre très largement sa bouche et gobe, dévore et vide. On ne sait pas si c’est un sanctuaire et si toutes ces boules de gommes sont des existences ou les traces d’existences sacrées sur lesquelles les fantômes veillent en tremblant – cela peut être aussi des cerises, des pommes, des oranges, des melons, des clefs, des cloches, des pépites d’or et des diamants aux reflets rose pâle et aussi des pelotes de réjection de chouettes, même si la présence d’oiseaux est plus qu’incertaine dans cette nuit sans air. Un sanctuaire ou un champ, une ruine, une forêt où tout parle, un palais sorti de la vase, précipité des espoirs et des désespoirs humains. Ce qui est sûr, c’est qu’aucun contact n’est possible. Si par malheur les fantômes touchent celui qui n’est heureux que lorsqu’il mange – c’est ainsi qu’iels le nomment ou le nommeraient si nommer avait pour les fantômes de l’importance - alors il perd une vie. A chaque contact, il meurt un peu, jusqu’à mourir complètement. Car il ne peut mourir d’autre chose que de ce contact avec la peau des fantômes. Il ne peut mourir d’avoir trop mangé par exemple ou même d’avoir mangé quelque chose qu’il n’aurait pas dû manger, car les fantômes pourraient être les maîtres et les maîtresses du poison. Mais iels ne le sont pas. C’est le contact qui donne la mort car celui qui mange et sourit en même temps ne peut pas devenir un fantôme, une autre forme de présence que celle d’un astre affamé qui trône à jamais au centre de cette nuit. Un feu sans chaleur, à la joie communicative et monstrueuse à la fois. Il s’aime, il n’y a pas de doute. Et il a de l’amour à donner, mais pas ici, autre part. Pas dans ce parking souterrain, dans cette cave, cette cale où gémissent les spectres. Ou peut-être qu’ils gémiraient si on pouvait les entendre, mais c’est une scène où toustes les témoins ont été dévoré·es, apparemment. Il ne reste que les fantômes qui sont les dernières existences à venir perturber ce festin. Et notre soleil doit éviter de croiser leur chemin, tout en continuant à manger.

Mais un jour, apparaît une boule de gomme différente, magique – qui doit faire délicieusement exploser son palais, faire remonter un frisson dans ses joues et jusqu’à l’intérieur de son crâne car lui aussi a été un enfant. Quand il mange cette boule, il peut, l’espace d’un instant, manger aussi les quatre fantômes qui hantent les lieux, de quatre manières différentes – et il y a bien mille façons de hanter les lieux comme il y a mille façon de devenir le torchis d’un palais qui se lève lentement depuis la boue des massacres. Quand il gobe cette boule sorcière, les fantômes changent de matière. Iels ne sont plus toxiques. Iels prennent une consistance douce et sucrée. Même dans leur vie de fantômes, iels restent des matières comestibles et des matières à spectacle. Tout est ici comestible et même celles et ceux qui ont disparu et celles et ceux que l’on a fait disparaître dans la matière première, dans les murs et la cale du lieu participent à leur corps fantomatique défendant à cette orgie souriante et gaie. Et quand le lieu est enfin débarrassé de tous ses fantômes, de tout ce qui hante la nuit, que tout a été consommé, que même les spectres ont été épuisés, le lieu devient habitable. Et il devient sûr. Il devient un lieu dans le présent. Absolument.


Diasporas fantômes

Le père arrive au pays. La mère arrive au pays. Toute la famille arrive dans un pays, qui s’étale partout sur les océans et sur les forêts, qui récure la nuit des mauvaises croyances. C’est le grand pays. Le père dit de ne pas se faire remarquer, la mère s’inquiète qu’on puisse déranger. Ainsi iels grandissent dans ce désir d’inexistence. Iels deviennent Matière Fantôme. Et Matière Fantôme pénètre alors les ors de la République – des ors, des plants de café, des cannes à sucre, des feuilles de coca ou des boules de gommes magiques, des pierres pour lesquelles on se damne. Matière Fantôme apprend à mimer des vies qui ne sont pas la sienne. Elle s’incruste dans les murs, dans les tissus, dans les objets anciens et nouveaux, dans les flux électriques, les conduits où s’embrassent la merde et l’acide. Matière Fantôme respire en silence, dans la honte de l’odeur de son souffle et du bruit de son souffle. Elle s’applique à ce que rien ne dépasse d’elle-même. Elle parle bas. Invisible maintenant, parfaitement lisse. Elle fait le miroir qui rassure, le sourire qui éblouit. Sur elle s’imprime la loi. Dans elle, les conditions secrètes du lieu bienveillant. Elle entend, elle voit, elle nettoie aussi, loin des regards. Elle doit toujours sentir plus, exprimer moins et s’enfoncer dans le dedans d’elle-même. Elle accumule un savoir dans la géologie de ses os, dans la souplesse de sa chair. Elle enregistre tous les états de la mort et toutes les chimies de la nuit. Elle est la boue que l’on prend pour un décor sauvage et exotique. Elle est la boue que l’on presse pour dresser les plus beaux palais, les plus délicats sextoys.

Mais un jour, elle déborde. D’abord un rire venu de nulle part – de l’intérieur d’un mur, d’une cave, d’un département d’outre-tombe - un rire grinçant dans l’œil sombre d’un arbre, un pet, une mauvaise parole dans un français trafiqué. Elle se fait entendre. Elle se fait sentir et le rire est son annonce, sa politique. Car elle ne peut entrer en scène sans le bruit et l’odeur de la cale, car elle ne peut apparaître sans que tout à coup se décharge l’archive accumulée en elle, qui est bazar indéchiffrable et spectacle indécent. Elle ne peut se présenter sans déranger et renverser la table, sans se faire remarquer. Quand elle sort de sa nuit, quand elle exsude du décor démocratique, quand elle s’écoule sur le parquet citoyen, Matière Fantôme bouleverse l’arrangement de la scène bienveillante. Elle exhibe, au cœur du salon, un visage dans lequel personne ne se voit. Elle dit ce qu’il ne faut pas dire. Trop bavarde et incandescente matière qui s’est cachée dans les piliers et les fluides du monde amical. Elle crève l’écran, elle défait l’invitation qu’on lui a faite, la retourne et la transforme en feu.
Elle impose son cinéma, sa scène fantôme. Matière incontrôlable et savante, elle fait retour sans aucune loi. Elle a laissé la respectabilité à ceux et celles qui l’ont précédée et à ceux et celles pour qui danser sur le pont d’un bateau en feu est plus désirable que la cale dont elle a fait son monde secret et son lieu de savoir tranchant, la chambre d’écoute où elle a bricolé sa voix avec de vieux synthétiseurs. Elle fait une reprise de l’Histoire France sur un beat gras de House music, elle chante dans le vocoder de son souffle asthmatique. Et alors se redressent les objets dociles et domestiques. Ils se bandent. Une coulée de boue recouvre l’assemblée. Et il va falloir parler dorénavant avec ce marécage puant et fertile. Il va falloir parler dans et avec la présence de la scène fantôme qui demande de l’attention et qui n’est pas une scène qu’on l’on convoque, que l’on invite.


Au palais

Au palais, tout ce qui s’enfuit est rattrapé. Toutes les vies, toutes les morts, toutes les poésies, tous les sorts et les protections, toutes les magies et les épidermes hier criminels, toutes les sexualités jugées tordues, tous les fantômes indésirables, tous ceux qui ne pouvaient respirer dans une nuit sans air, toutes celles qui ne pouvaient parler, sont rattrapé·es par le col. Et ainsi la bienveillance est rattrapée. La voilà exposée dans les vitrines des maîtres, joyeusement brandie par le management de ce que l’on appelle dorénavant le capitalisme finissant – qui est une nuit de labyrinthes qui, en fait, ne finit jamais. Et si le maître vient à pleurer, et si la reine se morfond, tous les sujets doivent être convoqué·es à la cérémonie et participer au spectacle tragique de la fin du monde. Et tout doit commencer par cette fin-là, par cette Histoire-là. On vient les écouter déballer leur honte et leur amour inconditionnel, leur révolte aussi. C’est un bruit qui, dans toutes circonstances, dépasse les autres voix, toutes les autres fins. Il n’y a pas de moment où ce Corps ne parle pas. Et aujourd’hui donc, il hurle la bienveillance comme le son d’un main métallique qui caresse toutes les têtes, et même les têtes coupées, et même les têtes qui manquent, même les têtes qu’on a retiré des corps pour les exposer, même les têtes arrachées à nos ennemi·es d’hier et devenues des œuvres d’art.

Matière Fantôme suinte maintenant de tous les murs. Un gargouillis continu qui, si on y prête attention, dit dans un français déformé et cacophonique à peu près ceci :

Bienveillance n’est pas une image, pas une inclinaison morale, pas plus qu’elle ne se convoque, mais un climat, des gestes et des présences, des matières depuis lesquelles émerge quelque chose qui ne vient de personne et qui n’appartient à personne. Bienveillance peut être là et puis se perdre. Elle peut être prononcée comme un mensonge aux dépens de ceux et celles qui souffrent dans l’ombre de la scène bienveillante. Alors il faut faire attention. Autre chose : on ne peut appeler Bienveillance – faire discours de Bienveillance, hurlements de Bienveillance – depuis un lieu toxique. Bienveillance ne répare pas le lieu toxique et si elle le rend supportable – et si elle rend supportable et opaque toutes les formes de privilèges et d’opportunisme – alors elle doit être traitée avec toute la méfiance et la détestation qu’elle mérite, elle doit rendre des comptes. Elle doit aussi dire qui elle met dehors pour fabriquer son espace. Et s’il est possible de résister à sa projection aimante. Car Bienveillance peut paraître confortable si l’on vit en sécurité, mais elle est défi pour toutes celles et ceux qui vivent dans l’angoisse de la nuit sans air, dans la précarité des champs dévastés et la peur d’être dévoré·es par de larges sourires. Pour ceux et celles-là, Bienveillance est un ciel politique, une main fraîche, un air que l’on respire et qui ne coûte rien, ne produit aucune dette, et non une posture, une éthique du privilège. Elle n’a rien à voir avec l’innocence, le désir de ne pas savoir, elle n’a rien à voir non plus avec la sécurité et le confort car il nous faut apprendre à parler avec ceux et celles qui n’ont jamais eu de paix, pour de vrai, qui ont toujours été la matière sombre et repoussante contre laquelle on fabrique la sécurité et le confort illusoires des lieux. Bienveillance est toujours la condition de la critique la plus profonde, du débat le plus nécessaire et du soin le plus attentif pour le lieu, pour ce qui s’y voit et pourrait ne pas s’y voir, pour ce qui ne se présente pas encore, mais se présentera un jour bruyamment. Prendre soin d’un lieu c’est sortir du piège narcissique du soin, c’est prendre soin de ceux et celles qui vivent et fabriquent le lieu comme une conséquence du soin porté au lieu lui-même. Et ce n’est pas prendre soin de ceux et celles-là à la place du soin porté au lieu. Ce n’est pas abandonner le lieu-qui-n’est-pas-soi pour un lieu-qui-doit-devenir-soi. C’est accepter au contraire de prendre soin du lieu justement parce qu’il n’est pas soi, et qu’il ne peut le devenir, qu’il résiste. Et ce n’est pas non plus dissimuler le lieu en dessous d’une surface et d’un discours bienveillants. Car Bienveillance n’est pas un gaz ou une image. Elle est l’écho et le résidu des matières visibles et invisibles du lieu dans lequel elle se fait sentir.

C’est ainsi que parle Matière Fantôme pour prendre place, pour affirmer sa présence qui perturbe et empeste :

« Elle disparaîtra, Bienveillance, dès lors que nous aurons fini de prendre soin du même lieu, depuis là où nous sommes, soit parce que nous nous serons fabriqués chacun notre « petit lieu », notre « lieu-à-soi » soit que certains auront refusé de donner au lieu toute l’attention dont il avait besoin. Et alors le climat deviendra irrespirable. »

Puis après un temps, alors que Matière Fantôme gicle maintenant en geyser au milieu de la pièce et qu’il devient impossible de ne plus écouter sa rumeur liquide :

« Il faudra trouver un autre nom au nouveau management qui investit les besoins narcissiques. Car Bienveillance sait bien où nous sommes, et connaît toutes les catégories de violence sédimentées dans les murs et les corps pour produire où nous sommes. Elle sait ce qui ne peut se dire, ce qui est empêché et tenu dans le secret de la cale, de la cave, qui est peut-être un champ, une mine, un palais en torchis humain. Bienveillance est désir critique et désir de savoir, de percer la surface et de regarder les économies toxiques qui soutiennent la mise en spectacle bienveillante. Elle apparaît sans modèle, car nous agissons toustes à partir de notre histoire incorporée de la violence, de ce que nous pensons juste, de ce que nous ressentons comme danger. Et aussi des différentes manières dont nous vivons le coût de la production d’un « Nous », nettoyé de tout ombre et de tout fantôme. Pour ceux et celles qui vivent des vies considérées comme criminelles, Bienveillance est la possibilité de vivre ces vies-là et que ce soient des vies bonnes, de sentir qu’il existe un autre chemin vers ce lieu qui monte lentement et qu’il n’est pas tracé dans une nuit sans air et sans être par des prêtres qui dévorent les jungles pour habiter le monde. Un chemin qui échappe à l’œil et à la bouche qui occupent bruyamment et en permanence le cœur des lieux. Un œil et une bouche incapables d’apercevoir leurs vrais privilèges, qui pointent toujours autre chose, autre part, qui font diversion autour de leur présence pour la rendre violemment naturelle et indispensable.»

Matière Fantôme se tient le crâne et finit dans un dernier jet où se mêlent sève, pétrole et secrétions sexuelles :

« Nous avons mal à la tête d’avoir entendu hurler à la bienveillance. Aussi, si nous pouvions parler bas et sereinement maintenant, sans faire de bruit, un instant nous reposer et ne plus devoir réagir, ne plus devoir répondre, ne plus devoir répéter les fables et les messes bienveillantes, ne plus devoir être sauvé·e, reprendre notre souffle, et ne plus obéir à un énième dressage de nos corps dans le sens de vies qui ne sont pas les nôtres, si nous pouvions faire cela, si nous pouvions ne plus vivre sous l’œil qui nous fondent dangereu·ses, mais sans nous désarmer pour autant, sans devoir déposer nos muscles qui sont des armes à cause de la vie que nous avons, sans devoir faire de nos os les étais de ce palais et de nos sueurs son spectacle, sans devoir plier et consentir, sans devoir nous tenir dans des lieux où ce corps qui occupe le centre de la scène nous recouvre d’une couverture de bienveillance qui nous étouffe comme le genou d’un policier nous étouffe, en pouvant faire un écart, un tout petit écart, un écart modeste à l’échelle de nos forces, si nous pouvions nous glisser depuis les murs dans les coulisses puantes de la scène bienveillante où travaillent les femmes de ménage, et puis avancer à l’aube jusqu’à ce que la voix de la bienveillance devienne un peu plus petite, peut-être que nous appellerions l’air frais que nous respirions alors, juste un instant, Bienveillance. »


Notes fantômes

1. Pac-Man (パックマン, Pakkuman) (à l'origine Puck-man) est un jeu vidéo créé par Tōru Iwatani pour l’entreprise japonaise Namco, sorti au Japon le 22 mai 1980.
2. Parasites est un film sud-coréen, réalisé par Bong Joon Ho (2019). Il a notamment reçu la Palme d’or au festival de Cannes (France, en 2019) et l’Oscar du meilleur film (Etats-Unis, 2020).
3. Ferdinand, Malcom, Une écologie décoloniale, 2019, Paris, Editions du Seuil.
4. Stengers, Isabelle & Pignarre, Philippe, La sorcellerie capitaliste, pratique des désenvoûtement, 2005, Paris, La Découverte.
5. Ajari, Norman, La dignité ou la mort. Ethique et politique de la race, 2019, Paris, La Découverte, p. 56.
6. Butler, Judith, Qu'est-ce qu'une vie bonne ?, 2014, Paris, Payot.



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Fantômes de Bienveillance
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Direction de publication
Julien Duc-Maugé

Relecture
Lorraine Drevon

Caractère typographique
Syne par Bonjour Monde

Design graphique
Bonjour Monde
Julien Duc-Maugé

Édité par
Synesthésie MMAINTENANT
Saint-Denis, France
Décembre 2020

Contenu sous licence CC BY SA


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MMAINTENANT

Direction
Julien Duc-Maugé

Coordination générale
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