SÉMINAIRE REFLEXIO 2020
Cycle de conférences arts sonores et sound studies proposé par Matthieu Saladin
18h30 - Ouverture des portes 30 minutes avant

Toute propagation du son s’accompagne d’une réflexion acoustique, dès lors que l’onde sonore rencontre une surface qui en partie l’absorbe et en partie la réfléchit.
Dérivant de ce principe, le cycle Réflexio propose une série de conférences où les paroles d’artistes, de musiciens et de chercheurs s’offrent à la réflexion partagée, dans des moments d’échange où les énoncés de chacun et chacune deviennent autant d’échos d’échos. De l’audio-naturalisme à l’occultisme sonore, en passant par l’écoute des ondes électromagnétiques, un théâtre de poche, la présence performative des actions éphémères et le détournement des instruments dans l’improvisation, ces conférences abordent quelques-unes des préoccupations qui animent, aujourd’hui, les pratiques et la recherche dans les arts sonores, les musiques expérimentales et les sound studies.

Le cycle est dirigé par Matthieu Saladin dans le cadre du séminaire de Master « Les usages du son dans la pratique artistique ».
Il est co-organisé avec l’université Paris 8 et les Instants Chavirés.


Oliver Brisson
Les pratiques brutes de la musique
Mardi 3 mars à 18h30
Université Paris 8

La pratique du battement concurremment continu et discontinu, les perceptions flottantes de durées et de distance, le jeu sur les extrêmes perceptifs de volume ou de fréquence, positif ou négatif, les modulations de flux et de signaux, c'est ici tout un langage qui s'appuie sur l'univers sensoriel, actif et réceptif, et dont l'usage se retrouve autant dans le champ des pratiques sonores expérimentales que dans l'observation clinique des personnes concernées par les particularités de développement psychique ou d'inscription atypique dans le champ social. Cet écho saisissant entre les pratiques de recherches sonores radicales et les pratiques radicales et spontanées mais souvent mal-entendues par l'entourage, des personnes relevant de ce qui socialement est devenu un handicap, offre l'opportunité de relire cela en faisant valoir la possibilité d'une rencontre en deçà de la parole. Un partage du sensible, de ce qui s'éprouve dans le corps, de cet indressable chez chacun dont seuls les espaces de création osent encore dire l'existence. Nous pourrions donc aborder l'expérimentation sonore comme une pratique qui peut, dès lors, trouver une écoute affranchie des relations asymétriques que les cadres institutionnels peinent à dépasser, et déloger ainsi le stigmate qui éclipse le sujet sous sa différence repérée.

Psychomotricien à temps plein depuis 15 ans, en particulier dans le champ de l'autisme, et engagé à temps partiel dans les pratiques sonores expérimentales depuis plus encore, Olivier Brisson s'implique, depuis quelques années et avec ses camarades du collectif La Belle Brute, à la promotion des « pratiques brutes de la musique », ces expériences s'appuyant sur l'expression sonore sous toutes ses formes comme véhicule d'une certaine singularité. Le collectif a une activité de production discographique, d'organisation d'événements type concerts, performances, etc., participe à l'élaboration de temps de recherche et de partage de savoirs (« les Rencontres Internationales autour des Pratiques Brutes de La Musique » avec le festival Sonic Protest), et se produit également sur scène sous différentes formes, souvent autour d'artistes « atypiques ». Dans le champ sonore, Olivier Brisson a sorti son premier album en solo chez Nashazphone en 2018 et a composé la musique du documentaire « Les Heures Heureuses » de Martine Deyres sur l'histoire de l'hôpital de Saint-Alban et de la naissance de la psychothérapie institutionnelle.


Catherine Guesde
Chaos et ordres de la noise : à l’écoute des formes émergentes
Mardi 17 mars à 18h30
Université Paris 8

En faisant du bruit son matériau principal, en renonçant aux principes traditionnels – rythmiques, mélodiques, harmoniques – de composition, la noise invite à repenser l’écoute. Si elle n’offre pas à l’oreille des formes immédiatement identifiables, ce pourquoi elle est souvent décrite comme chaotique, elle ne se situe pas pour autant du côté du pur informe – émergent, de manière stratifiée et souvent fragile, des motifs rythmiques ou mélodiques. Cette présentation s’intéressera aux écoutes de la noise en cherchant à voir comment elles contribuent à configurer les œuvres, en trouvant des fils d’Ariane dans la masse sonore, loin de l’idée d’un pur chaos.

Docteure en philosophie, Catherine Guesde s'intéresse à l'esthétique du metal extrême et de la noise ; elle a notamment co-écrit The Most Beautiful Ugly Sound in the World. A l'écoute de la noise avec Pauline Nadrigny (éditions Musica Falsa). Elle est membre du comité de rédaction de Volume ! La revue des musiques populaires, éditrice pour Books & Ideas (La Vie des Idées), et critique musicale chez New Noise magazine. Elle développe également des projets plus ou moins musicaux (dont Ciguë).


Marie Canet
Les bourdons de la contestation
Mardi 24 mars à 18h30
Les Instants Chavirés

Contester la notation, c’est s’opposer aux hégémonies langagières, ré-articuler leur structures idéologiques. Il est question de contrer les formes hégémoniques de domination verbale et institutionnelle. Performer en retour l’espace, c’est le jouer en temps réel et interpréter sa logique, le défaire de ses fonctions premières et travailler la variété des échanges possibles sans que ceux-ci ne soient à priori déterminés. L’interaction environnementaliste engage ainsi une multiplicité d’échanges et de participations qui permettent de développer des capacités intellectuelles et sensuelles nouvelles, dé-hiérarchisées. C’est ainsi que fredonnent les bourdons de la contestation. Ils prennent l’ampleur d’un drone continu qui remplit toutes formes de structures institutionnelles, afin de les faire craquer.

Marie Canet est commissaire d’exposition, essayiste et critique d'art spécialisée en cultures visuelles modernes et contemporaines. Elle a publié en 2017 un ouvrage monographique au sujet de l’œuvre de Charlemagne Palestine (Les presses du réel). Elle est également l’autrice d’un essai sur le langage et les médias (Juntos en la Sierra, Shelter Press, 2018). Elle prépare actuellement une monographie sur l’œuvre de Marc Camille Chaimowicz (prévu pour 2020), ainsi qu’un essai sur la paranoïa.


Simon Ripoll-Hurier
There is noise
Mardi 28 avril à 18h30
à Synesthésie ¬ MMAINTENANT
Hors les murs — Le 6B
6-10 quai de Seine 93200 Saint-Denis

À la manière d’un tour d’horizon des questions qui l’occupent dans son travail, Simon Ripoll-Hurier reviendra sur plusieurs de ses œuvres récentes ou actuellement sur le chantier. Entre 2014 et 2017, Simon Ripoll-Hurier développe Diana, une recherche qui inclut film, vidéo, performance et création radiophonique, au cours de laquelle il va à la rencontre de différentes pratiques d’écoute, qu’il met en relation. Depuis des chasseurs de fantômes dans le New Jersey jusque des birders en Alabama, en passant par des radioamateurs en Guyane française, ces amateurs développent, tous à leurs manières, des rapports avec des invisibles. Il s’agit pour eux d’émettre des signaux à destinations d’entités distantes, cachées ou occultes, et d’interpréter dans la masse des parasites et du bruit de fond les signaux faisant office de réponses. Simon Ripoll-Hurier finalise actuellement un film court sur un orchestre symphonique à Skopje (Macédoine du Nord) qui enregistre pour le cinéma, la télévision, les jeux vidéos, etc. La centaine de musiciens qui le compose vient quotidiennement interpréter les partitions de compositeurs du monde entier, qui assistent à l’enregistrement par un procédé de téléconférence. Par ailleurs, il développe avec Myriam Lefkowitz une recherche au long cours sur le remote viewing, pratique parapsychologique conçue par la CIA dans les années 1970 qui repose sur la canalisation des perceptions non-sensorielles. Le modèle de sensorialité́ que produit cette pratique met en jeu d'une manière singulière le rapport entre imagination et perception, entre « intérieur » et « extérieur ». De même, la dimension syncrétique des origines de cette pratique permet d’interroger des enjeux politiques très contemporains.

Le travail de Simon Ripoll-Hurier (1985) a été présenté dans des festivals et biennales (Visions du Réel, FIDMarseille, Bergen Assembly, Helicotrema...), dans des centres d’art (Laboratoires d’Aubervilliers, Frac Franche-Comté́, Ujazdowski Castle à Varsovie, Greylight à Bruxelles, Le Magasin...) et diffusé à la radio (France Culture, Wave Farm / WGXC...). Diplômé des Beaux-arts de Paris en 2008, Simon Ripoll-Hurier joue aussi avec Les Agamemnonz, un groupe de surf instrumental, et a cofondé́ *DUUU, une webradio d’artistes.


Précédement

Julia Eckhardt
L‘altérité en musique
Mardi 4 février à 18h30
Les Instants Chavirés

Cette conférence s'intéressera aux relations entre le genre et les musiques expérimentales, en suivant le fil de trois ouvrages publiés par Julia Eckhardt : The Second Sound – Conversations on Gender and Music, Grounds for Possible Music, et Éliane Radigue – Intermediate Spaces/Espaces intermédiaires. Alors que le premier livre aborde la question du genre à travers la vie des musiciens et musiciennes, le deuxième en propose une approche théorique à travers la contribution d’artistes expérimentant le genre dans leur rapport à la voix, à la langue et à l'identité. Le dernier ouvrage prend quant à lui la forme d’une longue interview avec la compositrice Éliane Radigue dans laquelle cette dernière revient sur le chemin l'ayant mené à créer sa propre musique, et qui pourrait servir d'exemple pour cette Autre musique, sans jamais ne l’avoir recherchée comme telle.

Julia Eckhardt est musicienne et curatrice dans le champ des arts sonores. Elle est membre fondatrice et directrice artistique du laboratoire pour les musiques expérimentales et les arts sonores Q-O2 à Bruxelles, où elle mène de nombreux projets thématiques. Comme interprète de musique composée et improvisée, elle a collaboré avec quantité d'artistes et, ces dernières années, en particulier avec Éliane Radigue. Elle joue régulièrement à l’international et a sorti plusieurs disques. En tant que conférencière, elle aborde des thèmes comme le son, le genre et l'espace.


Eamon Sprod
Espace, choses, auditeurs
Jeudi 20 février à 18h30
Synesthésie ¬ MMAINTENANT
Hors les murs — Le 6B
6-10 quai de Seine 93200 Saint-Denis

La conférence est suivie d’un concert

Travaillant avec des sons puisés dans divers espaces urbains délaissés, souvent produits manuellement à partir de déchets et de débris trouvés sur place, Eamon Sprod explore depuis des années ce que l’on pourrait qualifier de field recording antinaturaliste, ou peut-être plus exactement de collectage sonore d’ordures (sonic scavenging). Il façonne ainsi des récits fictionnels et des espaces d’écoute en s’arrêtant sur le seuil qui sépare l’ordinaire de sa périphérie. Revenant sur ses travaux d’installation et de performances spatialisées, Sprod abordera sa recherche de nouveaux espaces sonores fictionnels, construits à partir de lieux physiques existants, notamment ceux de la vie quotidienne, pensés comme acteurs de l’expérience d’écoute plutôt que comme son simple contenant. À travers l’usage d’un équipement sommaire, bon marché, trouvé ou usagé, des appareils ménagés et autres objets domestiques abandonnés sont transformés en haut-parleurs singuliers ou en générateurs de sons percussifs (qualifiés une fois avec humour d’Acousmonium Povera). Ces haut-parleurs deviennent ainsi non seulement un moyen de reproduction de sons existants, mais aussi des objets sonores en soi : un arrangement de choses, dans un espace, pour des auditeurs.

Eamon Sprod (alias Tarab) travaille à partir de sons collectés qu’il recontextualise et de gestes tactiles qu’il agence dans des compositions psycho-géographiques dynamiques inspirées de choses abandonnées, d’objets trouvés, traînant dans la saleté des espaces vides, des bric-à-brac, à même le sol, sur des rochers, dans la poussière ou en plein vent. Elles avancent sans but parmi les choses abimées, en décomposition, mais aussi tout ce qu’il entend et voit. Plus qu’une simple documentation d’un site donné, le travail de Tarab est un engagement direct avec notre environnement, y puisant des semi-fictions, des sensations viscérales, des fausses pistes et une conscience accrue. Ses œuvres ont été publiées sur des labels comme Naturestrip (AU), nonlinear (AU), 23five (US), Unfathomless (BE), Aposiopese (FR), Swarming (FR), Kaon (FR), Cronica (PT), Semperflorens (RU), ainsi que sur son propre label fondé 2018, Sonicrubbish (AU) : sonicrubbish.com.




Synesthésie ¬
MMAINTENANT

Ouvert selon la programmation et sur rendez-vous


Entrée libre
Bar associatif
Petite restauration sur place
Ouverture des portes une heure avant l'horaire des événements




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Coordonnées
8 passage de Jouy 93200 Saint-Denis
07 69 49 30 03mm [at] mmaintenant.org
www.mmaintenant.org


Accès
Métro ligne 13 – Basilique de Saint-Denis
RER D et H – Saint-Denis
Tram T1 – Marché de Saint-Denis
Station Vélib n°32019

En rez-de-chaussée,
au croisement du boulevard Félix Faure et du passage de Jouy



Synesthésie ¬ MMAINTENANT bénéficie du soutien du Conseil régional d'Île-de-France, du Conseil départemental de la Seine-Saint-Denis, de la Direction régionale des affaires culturelles d’Île-de-France - Ministère de la culture et de la Ville de Saint-Denis, du Fonds Territorial départemental membre d’IDFA, GARANCES SSD Active, ainsi que du Centre commercial Basilique.

Synesthésie est membre de Tram, réseau art contemporain Paris/Île-de-France et de Plaine Commune Promotion.